Lettre ouverte conjointe: Canada doit s'opposer aux menaces des États-Unis contre les droits, la souveraineté et la paix au Venezuela et dans les Amériques

Cliquez ici pour le PDF de notre lettre conjointe avec Common Frontiers adressée au Premier ministre Mark Carney.

8 janvier 2026

Monsieur le Premier ministre Mark Carney,

C'est avec un grand sentiment d’urgence que nous vous faisons part de notre grande inquiétude concernant l'attaque militaire illégale et meurtrière menée par les États-Unis au Venezuela le 3 janvier dernier, ainsi que l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de la première dame Cilia Flores. En tant que coalition représentant 26 organisations de la société civile canadienne qui œuvrent depuis des décennies en faveur des droits et de la justice avec des organisations partenaires dans les Amériques, nous ne connaissons que trop bien les conséquences dévastatrices des interventions militaires américaines.

Dans ce contexte, le silence n'est pas une option. Nous nous joignons à nos nombreux partenaires en Amérique latine, dans les Caraïbes et ailleurs qui condamnent vigoureusement l'opération militaire états-unienne du 3 janvier, l'intention déclarée du président Trump de « diriger le Venezuela » et de vendre le pétrole vénézuélien saisi, ses menaces  d'envoyer des troupes américaines en Colombie et au Mexique lesquelles sont documentées, ainsi que ses menaces contre Cuba.

Des experts de l'ONU ont déclaré que l'opération militaire états-unienne du 3 janvier et les menaces du président Trump d'une nouvelle intervention militaire au Venezuela et ailleurs constituent des violations flagrantes de la Charte des Nations Unies, créant ainsi un précédent extrêmement dangereux. Comme l'a déclaré le 3 janvier la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock : « La Charte des Nations Unies n'est pas facultative, elle est notre cadre directeur... L'article 2 de la Charte des Nations Unies stipule clairement que tous les membres des Nations Unies s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. Le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international est le fondement de l'ordre international. Un monde pacifique, sûr et juste pour tous n'est possible que si la primauté du droit prévaut sur la loi du plus fort » [notre traduction].

Les enjeux sont de taille, en particulier dans notre hémisphère. Nous ne devons pas nous faire d'illusions: aucun pays, y compris le Canada, n'est en sécurité si les violations du droit international et de la Charte des Nations Unies peuvent être commises en toute impunité. L'accès aux réserves pétrolières du Venezuela et aux ressources naturelles d'autres pays est clairement l'objectif de l'administration Trump, malgré les faux récits qu'elle continue de diffuser pour tenter de justifier des actions illégales et violentes, ainsi que des menaces d'annexion.

Le 4 janvier, les partenaires économiques et régionaux du Canada, à savoir le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l'Uruguay, ainsi que l'Espagne, ont réaffirmé « le caractère de l'Amérique latine et des Caraïbes en tant que zone de paix, construite sur le respect mutuel, le règlement pacifique des différends et la non-intervention ».  Ils ont appelé à « l'unité régionale, au-delà des différences politiques, face à toute action mettant en péril la stabilité régionale » et ont exprimé « inquiétude face à toute tentative de contrôle gouvernemental, d'administration ou d'appropriation extérieure des ressources naturelles ou stratégiques, qui serait incompatible avec le droit international ».

Le Canada doit prendre des mesures fermes, claires et immédiates.

  1. Nous exhortons le Canada à défendre la Charte des Nations Unies en condamnant sans équivoque l'intervention militaire états-unienne au Venezuela, l'enlèvement du président et de la première dame du Venezuela, la présomption de contrôle états-unien sur les ressources vénézuéliennes et d'autres violations flagrantes de la souveraineté et du droit international qui menacent les droits et la sécurité dans la région. 

  2. Nous réitérons avec un sentiment d’urgence accru les appels lancés dans notre lettre aux ministres Anand, McGuinty et Sidhu du 13 novembre 2025 pour que le Canada: suspende immédiatement le partage de renseignements avec les États-Unis dans le cadre de l'opération CARIBBE et comble la lacune qui permet actuellement l'exportation de matériel militaire vers les États-Unis malgré le risque évident qu'il puisse être utilisé dans des opérations militaires qui violent le droit international et les droits humains. Nous sommes consternés de constater que deux mois plus tard, nous n'avons reçu aucune réponse à notre lettre de la part de vos ministres, malgré la gravité des violations et leurs implications pour la paix dans la région.

  3. Nous appelons le Canada à élaborer de toute urgence une politique solide, indépendante et fondée sur les droits qui réponde à la stratégie de sécurité nationale de novembre 2025 de l'administration Trump, qui promet de « réaffirmer et d'appliquer la doctrine Monroe afin de rétablir la prééminence états-unienne dans l'hémisphère occidental ». Nos organisations ont été témoins et ont manifesté leur solidarité avec les peuples d'Amérique latine et des Caraïbes lorsque les administrations états-uniennes précédentes ont utilisé à plusieurs reprises la doctrine Monroe pour justifier des invasions, des interventions et des changements de régime menés par la CIA dans les Amériques. La politique étrangère canadienne doit :

  • Être axée sur la primauté de la défense de l'ensemble des droits humains, conformément aux obligations découlant des traités et conventions internationaux signés par le Canada ;

  • Affirmer la paix, la vie dans la dignité et la justice comme des valeurs non négociables ;

  • Défendre le droit des nations à leur intégrité territoriale et à leur souveraineté ;

  • Défendre le droit des peuples à l'autodétermination et à une vie sans crainte d'invasion.

Le Groupe d'orientation politique dans les Amériques (GOPA) est un réseau national d'organisations de la société civile canadienne qui œuvrent pour les droits humains et la justice sociale et environnementale en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il rassemble des ONG internationales de développement et humanitaires, des organisations de défense des droits humains, des syndicats, des groupes confessionnels et de solidarité, ainsi que des instituts de recherche.

Common Frontiers est une coalition nationale composée d'organisations syndicales, environnementales, confessionnelles et de justice sociale axées sur les Amériques. Nous amplifions les luttes d'organisations et de communautés avec lesquelles nos membres entretiennent des relations de longue date dans toute la région et qui œuvrent pour la défense de la démocratie, des droits humains, des droits du travail, des services publics de qualité et de l'environnement.

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